Les perspectives 2018

Du 10 au 17 décembre 2017 s’est tenu l’Agora internationale de la FICEMEA, au Centre Culturel Marcel Hicter à Namur en Belgique. 80 participant.e.s venu.e.s des quatre coins du monde se sont réuni.e.s dans ce lieu emblématique – Marcel Hicter fut le premier président de la FICEMEA – pour une semaine de travaux, d’échanges et de découvertes dans une atmosphère joviale et interculturelle. L’ambiance vécue conjugué aux retours des participants ont érigé l’Agora en un espace d’exception, soulignant la bienveillance et la cohérence qu’il y avait au quotidien.

C’est donc dans un contexte de valeurs partagées et d’appartenance affinitaire que s’est déroulée l’Agora internationale de la FICEMEA. Durant 8 jours, les activités se sont articulées autour de 4 axes de travail.

Le premier groupe de travail a visé à développer un parcours d’engagement des militant.e.s et jeunes entre les associations membres. Le travail accompli servira d’appui à la réalisation d’un projet européen d’envoi et d’accueil de volontaires. Ce projet va dans le sens des objectifs de l’Agora : renforcer les pratiques de l’Éducation Nouvelle au niveau international pour répondre à l’enjeu stratégique de mieux faire réseau. La finalité pour la FICEMEA est de capitaliser les expériences afin de développer une réflexion politique sur les sujets suivants : développement durable, politiques jeunesse, migrations, démocratie, pratiques artistiques et culturelles, éducation à la paix et droit de l’enfant.

Le second atelier relatif à la recherche action interroge l’accompagnement des publics à partir des pratiques d’Éducation Nouvelle. Elle permettra d’envisager la manière dont les principes de celle-ci sont agis dans différents pays : comment la démarche émancipatrice est-elle envisagée dans des contextes particuliers ? Comment l’Éducation Nouvelle produit des effets pour soi et la société ?

Dans le cadre de cette recherche, LA FICEMEA est accompagnée par Réalisation, Téléformation, Animation (RTA), un laboratoire de recherche belge.

Nous pouvons constater que des éléments d’identité très forts ressortent à travers les interviews et les écrits réalisés par et entre membres de la FICEMEA (12 entretiens et 7 écrits).

Le troisième axe de travail a amorcé la réflexion sur la place des femmes dans la communication orale et écrite, ce qui permettra d’enrichir le « guide écriture égalitaire » de la FICEMEA. L’atelier a tâché de déconstruire les stéréotypes sur l’écriture égalitaire, afin de les dépasser : ce défi a été relevé notamment grâce à l’outil sur la langue macho et une discussion en groupe non mixte. Les discussions ont permis une prise de conscience des participants et une volonté ferme de décliner les propositions formulées au niveau national, au sein de leurs associations.

Au sein de la FI, le défi principal reste d’enrichir le guide sur la communication égalitaire :

  • Plutôt que décliner le guide en plusieurs langues, l’idée est de faire une partie qui s’attache à montrer des exemples d’innovations linguistiques visant à l’égalité de genre ;
  • Ajout d’une section sur la régulation de la prise de parole dans les groupes (à destination des formateurs, animateurs, encadrants …) ;
  • Réfléchir sur la communication égalitaire à l’oral et sur la communication comportementale (outil : langue macho)
  • Recensement des outils pour sensibiliser à la question et amorcer l’utilisation de la communication égalitaire ; des outils distincts pour les enfants, les jeunes et les adultes seront proposés ;
  • Réfléchir sur la manière dont les inégalités linguistiques de genre se traduisent afin d’identifier les stratégies pour faire accepter et utiliser la communication égalitaire dans des contextes divers (exemple : utilisation massive sur les réseaux sociaux …)

Le dernier groupe a travaillé la question du numérique dans les pratiques pédagogiques et associatives. Le numérique change notre rapport au monde et devient un objet politique majeur pour notre mouvement pédagogique. Appréhender les questions politiques, philosophiques et sociales des pratiques liées au numérique, et plus largement des « biens communs », en lien avec les démarches d’éducation populaire. « Le numérique » n’est pas un neutre. Les logiciels, les services proposés par les grandes industries du numérique, pour lesquelles l’éducation est un marché, imposent une vision contraire aux pédagogies émancipatrices. Face à ce « numérique » privateur de libertés, quels sont les enjeux politiques pour nos mouvement dans la promotion d’une approche du numérique libre, collaborative et respectueuse de l’individu ?

Il s’agissait donc pour le groupe:

  • De découvrir et créer des outils collaboratifs pour une utilisation dans les associations.
  • D’interroger la question des ressources pédagogiques ainsi que le sens que l’on donne aux ressources car elles ne sont pas une fin en soi mais un outil au service d’un projet.
  • De s’interroger sur la manière dont le numérique peut soutenir la relation, la création ou au contraire, être un objet d’aliénation ?

Ce groupe de travail a aboutit à la création de la radio FI internationale : entre de sages interviews, musique et fous rires, elle n’a pas cessé de faire parler d’elle !

Ces 4 objets de travail vont constituer le socle des années à venir, fortement lié à l’enjeu transversal et politique que représente notre engagement dans la lutte contre la marchandisation de l’éducation. Si la première étape des travaux a été enclenché à Namur, 2018 sera l’année de leur mise en place concrète grâce aux tenues des quatre commissions régionales de la FICEMEA. En effet, ces instances vont appuyer la mise en place de ces objectifs tout en leur assurant un ancrage territorial certain, permis par leur déclinaison aux différents contextes – notamment géographiques et culturels. Les réflexions issues du travail commun au sein des quatre régions vont par ailleurs permettre de constituer une force politique au niveau local, nécessaire pour la continuité de nos actions.

Lorsqu’on parle d’écriture égalitaire ou de numérique, il faut non seulement appréhender le sujet d’un point de vue technique mais également politique, d’où l’enjeu de se faire connaître davantage dans les espaces régionaux : Afrique, océan Indien et Amérique du Sud, Europe et internationaux.

Tout en veillant à mettre en place l’ensemble de nos objectifs, il est essentiel de renforcer les capacités de plaidoyer de la FICEMEA, ainsi témoigné par la journée publique du 15 décembre à Bruxelles qui a également alimenté une réflexion sur les pratiques artistiques et culturelles. Cette matinée organisée au Conseil économique et social européen (CESE) a assuré la promotion et la reconnaissance institutionnelle du travail de la FICEMEA. Il faut continuer à souligner la différence et le caractère unique de notre fédération.

 

                                               Karini Lefort, chargée de projets associatifs à la FICEMEA


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